L’irrationalité de « la Question » et la « déclaration » redoutée de la vacance du Siège

Istituto per le Opere di Religione, Sedevacante (XVI sec.) small

Plafond de l’Istituto per le Opere di Religione, Rome (XVI s.)

Les controverses autour de la prétendue autorité pontificale d’un Wojtyła ou d’un Bergoglio souvent tournent autour de problèmes très fondamentaux. L’une d’entre elles porte sur la « déclaration » même de la vacance du Siège Apostolique.

Or, une des premières leçons de logique consiste dans l’étude des trois opérations de l’esprit : l’appréhension simple, le jugement, le raisonnement. L’appréhension simple saisit l’essence d’une chose, elle forme la notion qui est spirituelle. Le jugement relie le sujet avec un prédicat, il constate l’« être » d’une chose. Il peut affirmer cet « être » (compositio) ou bien le nier (divisio). Il se fonde sur l’appréhension de l’être, sur les notions simples et constate. Le raisonnement est composé de trois jugements (deux prémisses et une conclusion), donc le jugement peut être aussi la conclusion d’un raisonnement. Tel est le cas des « conclusions théologiques » : elles sont des jugements au sens logique du terme.

Le jugement peut être aussi considéré comme une sentence de l’autorité ayant pouvoir juridique sur un sujet. Un tel jugement oblige selon les modalités prévues par le droit mais suppose l’autorité légitime du sujet proférant un tel jugement.

St Thomas fait cette distinction absolument élémentaire dans sa Somme théologique :

1. jugement comme opération de l’esprit : « iudicum pertinet ad intellectum » S. th. II-II, q. LIII, art. 6 c (cf. aussi : « duplex est iudicium, unum  quo iudicamus qualiter res esse debeat, […] aliud est quo iudicamus qualiter res sit, […] et tale iudicium est in cognitione » Quaest. disp. de veritate VIII, 1 ad 3)

2. jugement comme sentence juridique : « iudicium proprie nominat actum iudicis, inquantum iudex est ; iudex autem dicitur quasi ius dicens, ius autem est obiectum iustitiae, […] et ideo iudicium importat […], definitionem vel determinationem iusti sive iuris » S. th. II-II, q. LX, art. 1 c;

Point n’est besoin de rapporter ici des commentaires d’autres autorités. C’est une vérité aussi fondamentale que l’existence même de notre faculté intellectuelle cognitive.

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N’ayez pas peur, c’est une réalité que l’on ne conteste pas mais constate

Les pseudotraditionnalistes d’aujourd’hui ont toujours peur de « déclarer » la vacance du siège apostolique comme s’il s’agissait de la proclamation d’un dogme relevant de l’autorité compétente. Mais cette peur n’est que le résultat de tant d’années de confusion répandue parmi eux et de manque de formation dans les connaissances les plus élémentaires (on ne saurait le répéter trop). Peut-être aussi d’un aveuglement qui veut à tout prix défendre la légitimité de l’hérétique publique, malgré les évidences de sa déviation complète de la foi catholique.

Dans le sujet qui nous occupe il s’agit de confondre le jugement au sens général et logique avec le jugement au sens juridique. Or,  tout le monde peut le voir, la situation présente nous laisse en face de l’hérésie manifeste, fragrante et obstiné de ceux qui seulement en apparence occupent les postes d’autorité de l’Eglise. C’est pourquoi la « déclaration » de la vacance du siège apostolique dans le cas comme le nôtre relève du domaine des faits. L’hérésie manifeste, le schisme et l’apostasie sont absolument incompatibles, in radice comme on dit en latin, avec l’appartenance à l’Eglise catholique, Eglise sainte non pas au sens de l’impeccabilité de ses membres mais en raison de la pureté de la foi enseignée et professée par ses membres. En vrai pape Pie XII rappelle cette vérité dans son encyclique magistrale Mystici Corporis Christi (1943) :

« Car toute faute, même un péché grave, n’a pas de soi pour résultat – comme le schisme, l’hérésie ou l’apostasie – de séparer l’homme du Corps de l’Eglise. » (source)

Ceci dit, revenons aux faits. La position communément appelée « sédévacantiste » mise en forme de raisonnement donne ceci :

Le pape, Vicaire du Christ, infailliblement assisté par le Saint-Esprit, est infaillible dans son magistère ordinaire et extraordinaire, quand il enseigne la doctrine et/ou la morale à l’Eglise universelle et quand il promulgue des lois disciplinaires et liturgiques à toute l’Eglise.

Or, les « papes » conciliaires ont promulgué, ayant respecté toute forme juridique, des doctrines carrément hérétiques et des lois disciplinaires et liturgiques profondément nocifs à la foi des catholiques et cela avec une volonté explicite d’obliger les fidèles, et cela malgré leur connaissance de la foi catholique et les avertissements reçus.

Donc, ceux qui sont coupables de telles actions ne peuvent absolument pas être des papes de l’Eglise catholique, n’étant même pas catholiques. (Mgr Williamson connait bien ce syllogisme, mais il nie la majeure.)

Le « sédévacantisme » est donc plutôt une constatation des faits et non point une déclaration au sens juridique. Ce jugement est une « conclusion théologique » aussi certaine que ses deux prémisses. Le mot déclaration a servi bien efficacement de bâton contre les sédévacantistes et tous ceux qui ont commencé à se poser des questions sur la réalité d’un « pape hérétique » siégeant au Vatican. Il ne faut pas se laisser prendre au piège. Le mot déclaration ne comporte pas nécessairement ce pouvoir juridique, ni donc son usurpation, mais peut aussi bien signifier une simple constatation. Un jugement sur la réalité.

Quand les auteurs de la tendance représentée par le blog « la Question » (la tendance lefebvriste qui reconnait l’autorité comme légitime et se soustrait à la soumission à elle) veulent interdire à tout catholique de passer le jugement sur ce qui est catholique et ce qui ne l’est pas, ils nous interdisent de constater les faits, autrement dit, de juger à partir des faits, des poser des jugements à partir des faits.

Néanmoins, il n’est pas interdit de constater l’hérésie manifeste de quelqu’un qui contredit publiquement l’enseignement définitif de l’Eglise. Au contraire, c’est même un devoir de tout catholique de se tenir loin de l’hérétique (« anathema sit », dit Saint Paul, donc exclu de la communion catholique, et « haereticum hominem… devita… quia subversus est », etc.).

En outre, est-il toujours interdit de formuler des jugements sur la réalité qui nous entoure ?

Précisément cela est-il prêché par Notre-Seigneur quand, une fois, Il interdit de juger, et une autre fois il nous montre comment juger :

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés » (S. Matth. VII, 1)

Mais dans le même chapitre le Notre Très Doux Sauveur dit :

« Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous… Vous les connaîtrez à leurs fruits.… Ainsi tout arbre bon produit des fruits bons ; mais tout mauvais arbre produit de mauvais fruits.… Vous les connaîtrez donc à leurs fruits. » (S. Matth. VII, 15-20)

Ne jugez donc point indument, sans juste connaissance de cause, sans autorité légitime dans les domaines qui le réclament, mais jugez bien sur la réalité des choses, constatez la réalité.

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Peut-on formuler des jugements sur la réalité qui nous entoure ?

Ces précisions étant énoncées, on peut tranquillement évoquer l’axiome si souvent utilisé contre les malheureux schismatiques qui récusent toute union avec le « pape » des juifs, sodomites et hérétiques : prima sedes a nemine iudicatur. Dans notre cas concret, quand les pseudotraditionnalistes affirment que le pape est mauvais ils formulent la même espèce de jugement que les sédévacantistes si redoutés : ceux-ci constatent qu’un tel est hérétique (donc pas catholique, donc impossible qu’il soit pape), ceux-là constatent qu’un tel est mauvais. Mais un mauvais peut être toléré, peut être évité, à qui le discerner ou juger ? Qui vous a donné le pouvoir juridique de déclarer que le « pape » est mauvais et qu’il faut donc l’éviter ? Ne faites-vous pas autant que les affreux sédévacantistes ?

En outre, les adhérents de Bergoglio et son église moderniste (même s’ils préfèrent pratiquer plus ou moins traditionnellement) n’hésitent pas de juger les sédévacantistes en les condamnant comme des « schismatiques ». N’est-pas là juger ? D’où ce droit de déclarer schismatique quelqu’un qui ne reconnait aucunement Bergoglio comme étant le Vicaire du Christ. Ceux-là sont schismatiques qui refusent la soumission à celui qu’ils reconnaissent comme le Pontife Romain. Or, pour commetre le péché de schisme il faut

« reconnaître le Pontife romain comme étant le véritable pasteur de l’Église et professer comme article de foi que l’obéissance est due au Pontife romain » (Rév. Ignatius Szal, The Communication of Catholics with Schismatics [Washington, DC : The Catholic University of America Press, 1948, p. 2], cite par Gregorius dans « Le Siège est toujours vacant »).

Combien y adhérent mais en même temps se mettent à juger des déclarations et actions des « papes » conciliaires ? A l’époque, Luther reconnaissait toujours dans l’évêque de Rome le Chef visible de l’Eglise catholique mais il avait préféré son propre jugement afin de choisir ce qui était en conformité avec l’enseignement du Christ de ce qui ne l’était pas. Tout en reconnaissant le Pape comme Pape. Le sédévacantiste rejette les hérésies néfastes avec leurs maudits auteurs. Par contre, les pseudotraditionnalistes d’aujourd’hui reconnaissent en celui qui s’habille en blanc le « Pape » de l’Eglise catholique et en théorie font profession de la nécessité de la soumission au pape comme article de foi mais préfèrent leur propre jugement sur ce qui est traditionnel du jugement de leur « Vicaire du Christ ». Qui donc se ressemble plus à Luther ?

La réalité objective s’impose à nos facultés cognitives. Dieu, auteur de la nature, nous a donné à tous la raison pour que nous nous en servions. Et servions-nous-en correctement.

Pelagius Asturiensis

Post scriptum sur le personnalisme des défenseurs du « pape » hérétique.

Une autre idée mérite d’être relevé à ce propos, quoique seulement indirectement liée au fond de la question qui nous occupe. S’il est vrai que certaines personnes professant la vacance su Siège Apostolique dans nos temps font preuve d’un dérèglement intellectuel et surtout de manque de charité dans la polémique (et encore, si l’on pouvait l’appeler « polémique »), il est encore plus vrai que les partisans d’un Montini ou d’un Bergoglio sont imbus du personnalisme dans le sens où ils ne sont pas capables de distinguer la personne des idées qu’elle professe. C’est malheureusement le cas de la plupart de ceux qui reconnaissent l’autorité de l’actuel usurpateur du Siège Apostolique. Voyant le manque de charité chez un sédévacantiste ils concluent à la fausseté du sédévacantisme. C’est aussi la raison pour laquelle les bâtons comme le « jugement » ou la « déclaration » de la vacance ou encore la « dogmatisation » de celle-ci sont aussi efficaces à effrayer les gens qui penchent vers la position dite sédévacantiste, la seule cohérente avec la foi catholique face à l’apostasie complète des « papes » conciliaires.

Post scriptum II.

Etant sur le point de mettre en ligne cette petite esquisse je suis tombé sur un article de « la Question » sur les « antipapes sédévacantistes ». Or, sede vacante veut dire le siège étant vacant. Comment avoir un antipape sédévacantiste ? Je ne sais pas s’il leur est arrivé à l’esprit que le terme est contradictoire. S’il est interdit de constater la réalité et en même temps on formule de tels jugements j’ai peur pour les pauvres lecteurs de « la Question ».

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